En Béarn, la biodiversité étouffée par la domination du maïs


Bien dégagé dans la continuité de cette barrière pyrénéenne qui ne perdra de l’altitude que vers l’ouest, aux  confins du Pays Basque, le pic du Midi d’Ossau est pour le Béarn un signal identitaire fort, juste avant l’entrée en Espagne. Mais c’est de Bigorre et par Lourdes qu’arrive le Gave de Pau, ouvrant vers l’ouest une large plaine alluviale. Voilà le deuxième élément marquant du paysage. Cette ouverture dans le piémont de cônes alluviaux et d’anciennes terrasses, souvent redécoupé en collines, dessine un large couloir de vie et d’agriculture intensive dominée par le maïs. Les eaux torrentielles venues des vallées d’Ossau et d’Aspe s’apaisent un peu après  Oloron, dans une vallée secondaire qui ne rejoint le  Gave que près du bas-Adour. Montagne, vallées alluviales et système plus complexe de collines et terrasses du piémont  favorisent donc une belle diversité et parfois une  complémentarité des terroirs dont dépendait par exemple l’activité pastorale et la transhumance d’hiver des hautes vallées.

Pour qui découvre le Béarn, l’autre trait identitaire c’est le vert. Le vert des prairies sous un « ciel gai mais varié !». Avec souvent plus de 1000ml d’eau par an, naturellement ce serait un pays d’herbe, que le maïs est venu souvent occulter. Une agriculture plus durable, moins déficitaire en protéines, plus vertueuse dans ses rotations comme le préconise la nouvelle PAC, devra s’en souvenir en desserrant « le béton vert » du maïs. Chaleur et orages de l’été sont propices au mildiou et autres maladies des végétaux qui ne facilitent pas  les cultures de fruits ou de vigne en bio. Pourtant à force de compétence et de recherche en qualité, le vignoble de Jurançon qui regarde la montagne, et plus au nord celui de Madiran aux confins gersois, ont maintenant acquis une solide renommée. Le Jurançon plus soumis à l’effet montagne, doit attendre les très belles journées d’automne, jusqu’à fin octobre, lorsque le vent du sud vient passeriller les grains du cépage autochtone « petit manseng ». Les vendanges tardives préparent alors des moelleux d’exception.

Pour les témoignages anciens, l’impression dominante est aussi faite très souvent de richesse rurale et de bien-être, dans de fières et grosses maisons ou l’on parvenait presque à vivre en autarcie. Et curieusement dès le XIIIème siècle, le portail de la cathédrale d’Oloron s’orne déjà de sculptures atypiques qui honorent les biens matériels : fromage, pèle porc, jambon, pain, saumon….

Aujourd’hui le Béarn reste dominé par l’omniprésence du maïs avec de puissantes filières ou groupes agroalimentaires  comme Euralis (Jambon de Bayonne, canard gras). L’élevage bovin et ovin est également très bien représenté.  Mais outre le vignoble, on note aussi un développement important des circuits courts, avec parfois des productions originales et diversifiées accompagnant un fort développement des AMAP  et des certifications bio. Une agriculture nouvelle parvient peu à peu à s’infiltrer timidement dans un contexte ou le logiciel de l’agriculture intensive imprègne encore fortement les mentalités. Y faire naître un contre-courant plus favorable au retour ou à la sauvegarde de la biodiversité cultivée ou élevée en le rendant économiquement rentable, n’est pas chose facile pour notre association. Des variétés anciennes de pommes comme la « Pérasse » de Gan et Nay subsistent grâce à quelques bénévoles et au travail du Conservatoire Régional d’Aquitaine, mais combien de variétés de poires, de figues et autres fruits sont tombés dans l’oubli. Combien de légumes anciens comme la laitue de Meillon ont totalement disparu ? Il faut donc saluer dans ce domaine l’initiative récente pour créer le Jardin conservatoire d’Assat. Beaucoup de travail reste à faire, nous y prenons notre part depuis une dizaine d’années comme vous pouvez le lire dans les pages suivantes consacrées aux Sentinelles et à l’Arche du goût, qui sont des actions originales de Slow Food consacrées à la sauvegarde de la biodiversité.