2021: Grippe Aviaire, l'autre virus sans fin !

 

La Covid 19 en focalisant nos préoccupations sur les risques sanitaires, les vaccins, le désarroi psychologique, la paralysie de toute notre vie sociale et art de vivre, ne doit pas faire oublier son cousin : H5N8, le virus de l’influenza aviaire mutant du H5N1 de 2015. Fort heureusement il ne cible jusqu’ici que les élevages intensifs de palmipèdes, et moins les autres volailles. Même s’il ne s’est pas encore transmis à l’homme, il s’ajoute au cortège des zoonoses nées de nos rapports dégradés avec la nature par exemple à travers les élevages intensifs, les déforestations… qui s’accélèrent à l’échelle planétaire (1). Le Sud-Ouest est donc confronté à une troisième crise aviaire, commencée en novembre dernier, avec un virus identique à celui de l’hiver 2016-2017, particulièrement contagieux et dévastateur (plus de 4 millions de canards furent éliminés, le plus souvent préventivement).

 

Avec deux millions de canards récemment abattus, on comprend le désarroi des éleveurs, surtout lorsqu’il concerne des animaux sains, malencontreusement situés dans les périmètres dits « zones de protection », qui incluent toutes les communes, dans un rayon de 5km autour des 434 foyers identifiés début février. Soit au 28 janvier2021 : 339 communes concernées, dont 138 en Pyrénées Atlantiques avec 40 foyers). Depuis cette date la situation continue de se dégrader dans notre département : 230 communes sont incluses dans les zones d’abattages préventifs. Quelques 457000 palmipèdes et 34000 gallinacés de 110 élevages ont déjà été sacrifiés, suscitant de vives réactions surtout chez de petits éleveurs, soutenus par de rares syndicats, et inquiets concernant l’avenir de leur activité.

 

Vives controverses sur l’origine et la gestion de ces crises virales à répétition.

 

Localement et notamment au Pays Basque, la crise de 2017 a laissé de bien mauvais souvenirs avec, pour tenter d’imposer les abattages d’animaux sains : des déploiements de CRS suivis de procès pour rébellion, heureusement sans lourdes suites judiciaires. Cette opposition vis-à-vis des responsables des instances nationales (DGAL et ANSES) avait pour origine leur intransigeance vis-à-vis des éleveurs traditionnels, ayant de faibles effectifs sur des parcours en plein air, car soucieux de la qualité de leurs produits et donc du bien- être animal. Un mode d’élevage accusé d’être trop facilement contaminé par des contacts possibles avec des oiseaux migrateurs, qu’il faut donc claustrer et sans doute à terme éliminer ? Arguments trop facilement repris et diffusés par les industriels du foie gras avec le relais de certains médias, alors que l’on savait en 2017, que la diffusion de la contamination s’était produite lors de transports douteux faits sans précaution par camions, à partir des élevages hors-sol intensifs de canards, vers des ateliers de gavage éloignés.

Aujourd’hui Les responsables nationaux de la gestion de cette crise sont toujours en place, voire ont été promus, alors que les mesures et les subventions de précaution qu’ils avaient mis en place après la 2ème crise se révèlent aujourd’hui totalement inopérantes. Si de petits élevages fermiers en plein air ont été parfois contraints de cesser leur activité, les gros producteurs continuent d’entasser des dizaines de milliers de canards dans des bâtiments concentrationnaires, sans vraiment respecter de vide sanitaire. Pour fonctionner en continu toute l’année, au mépris du rythme biologique des animaux, ils se sont contentés soit d’agrandir, soit de multiplier les bâtiments grâce aux subventions d’après crise. Bâtiments dotés de puissants systèmes de ventilation qui propulsent dans la nature environnante, la respiration, virus compris, des canards entassés. Enfin, l’intervention d’équipes d’ouvriers mandatés par les coopératives pour le regroupement et la collecte des canards avant ces multiples déplacements ou pour les traitements, en allant de site en site, multiplient aussi les risques de contamination. 

Plus encore qu’en 2017, la filière continue d’augmenter les fortes concentrations qui sont le vrai problème avec son corollaire qui reste la segmentation basée sur le transport par camion du couvoir de naissance, vers le ou les lieux de croissance, puis vers de nombreuses salles de gavage, ensuite ce sera l’abattoir et enfin l’usine de transformation. On a beau multiplier les mesures de biosécurité et les nettoyages frénétiques ; le déplacement de ces camions transportant plusieurs milliers de bêtes qu’il faut laisser respirer sous des filets de sécurité désormais imposés pour retenir au moins les plumes, serait encore un facteur important de propagation de l’épidémie par les aérosols viraux, répandus tout le long des routes. Plusieurs exemples de transfert des Landes vers les Hautes Pyrénées ou du Gers vers le Pays Basque ont révélé que des animaux testés sains au départ, s’avèrent positifs, quand déplacés parfois de 150km, ils sont enfin répartis chez plusieurs gaveurs spécialisés. Il semble que le stress du transport provoque l’éclosion rapide d’une contamination.

Souvent dépendants du lobby du foie gras industriel, de concert avec les géants de l’agroalimentaire et notamment les coopératives Euralis, Lur Berri et Maïsadour. Ces coopératives fournissent leurs aliments sous formes de farines qui peuvent comporter, sans être clairement indiqués, des additifs comme le glycol, destinés à lubrifier le tube digestif des animaux soumis à un gavage express sous pression, en quelques secondes. Dans ces élevages concentrationnaires on travaille sous contrat, à la chaîne comme à l’usine, mal payé, selon des normes imposées empêchant toute initiative et une logistique intensive. Ceci n’a d’autre but que de produire beaucoup, vite, et pas cher toute l’année, afin de fournir les rayons promotionnels de la consommation de masse en grande distribution. Quitte à dénaturer l’image d’un produit de luxe festif. On comprend pourquoi la loi sur le bien-être animal en cours d’examen a oublié tous les élevages industriels ! Et ce sont souvent d’anciens exploitants agricoles qui suite à la chute des prix, ne pouvant rembourser leurs emprunts, sont ainsi, par la banque ou la coopérative, contraints d’accepter d’être à leur tour exploités. S’y ajoutent de plus en plus de travailleurs précaires ou migrants qui préfigurent la mutation de l’agriculture de 2030 lorsque la moitié des actifs actuels partiront à la retraite. Cependant la filière exporte, gagne des parts de marché et Euralis produit déjà en Chine plus de 5 millions de canards !

 

La grippe aviaire risque d’éliminer l’élevage paysan.

 

« De telles performances sont à l’origine d’une tragédie sanitaire dont les responsables voudraient bien faire porter le chapeau à ceux qui sont restés fidèles à la tradition, à savoir les paysans gascons » écrit Périco Légasse (2). Et toujours dans Marianne, Natacha Polony(2) ajoute : Les industriels obtiennent l’interdiction des petits élevages en plein air, prouvant que le système ne rend jamais les armes, car il a besoin, pour se perpétuer, de détruire la concurrence de ceux qui travaillent respectueusement ».

Peu enclin à revoir les problèmes structurels qui sont la véritable cause de l’amplification rapide des foyers épidémiques à chaque retour, désormais rapproché, du virus de l’influenza aviaire, le CIFOG (Comité Interprofessionnel du Foie Gras) avec une certaine complaisance de l’ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire) préfère communiquer sur la responsabilité des petits producteurs qui restent adeptes de l’élevage en plein air et s’exposent ainsi aux contaminations par les oiseaux migrateurs. D’autant plus que ceux qui ont un effectif annuel inférieur à 3200 canards avaient obtenu de déroger à l’obligation de mettre à l’abri les palmipèdes du 15 novembre au 15 décembre en vertu de l’arrêté du 8 février 2016. Claustrer à une période ou la densité est maximale avant les fêtes de Noël, suppose la construction onéreuse d’abris et surtout prive les canards, juste avant le gavage, d’exercice et d’accès à l’herbe qui enrichissent leur graisse en oméga 3. Ce qui, pour les consommateurs avertis, assure une part de la qualité gustative voire nutritionnelle.

 

Le 1er cas suspect a été détecté dans les Landes à Bénesse-Maremne le 6 décembre 2020. Il peut effectivement avoir pour origine un contact avec l’avifaune faune sauvage puisque H5N8 avait déjà été signalé avant la migration en Russie puis aux Pays Bas, en Allemagne et même en Haute-Corse, mi-novembre, dans une animalerie ? Cependant depuis cette date, aucun oiseau malade et contaminé n’a été retrouvé dans la nature. Mais ce qui interroge surtout, c’est à partir du 19 décembre, la rapidité de la diffusion épidémique dans la Chalosse voisine. Dans cette zone traditionnelle de gavage, 2 semaines particulièrement humides, suffisent pour que 118 communes soient déjà concernées par l’arrêté préfectoral autorisant les abattages préventifs. Il faut dire que ce sud des landes regroupe une forte densité d’élevages, avec nombre de petites exploitations familiales traditionnelles bénéficiant d’un label rouge. Alors que pour l’Anses, il était urgent d’y constituer un périmètre de protection, on constate que les propres recommandations de cette Agence sanitaire n’ont été ni vraiment respectées ni mises en œuvre efficacement, par manque de moyens dédiés au pare-feu épidémique. Faut-il faire un parallèle avec les manquements du début de la Covid 19 ? Toujours est-il que les premiers « dépeuplements » (c’est le terme choisi !) ont rarement eu lieu sur la ferme faute de connaître le statut infectieux des animaux. Presque tous, même sains, ont été regroupés puis chargés dans un camion des services vétérinaires ou d’entreprises privées, missionnés par l’état. Destination : la plateforme agrée de l’entreprise GT Logistics, dans un abattoir central, où ils seront électrocutés voire gazés pour les plus jeunes. Dépassés par le manque de personnel (sur le terrain on verra à l’œuvre des roumains sans formation ni combinaison de sécurité), les services de l’état ne pouvaient seuls faire face à l’urgence et intervenir dans les meilleurs délais. Ce qui a favorisé, en peu de jours, le développement exponentiel des contaminations. Faut-il rappeler que les éleveurs regrettent de ne pas avoir le droit d’euthanasier, dès qu’ils détectent les premiers cas suspects.

 

Réactions aux défaillances des services de l’Etat

 

 Lorsque les abattages ont pu rarement avoir lieu à la ferme comme recommandé par l’Anses, « la limitation de la contamination de l’environnement » est toujours restée très relative. Les bennes remplies de cadavres sont laissées souvent plusieurs heures en bord de route, avant d’être acheminées vers l’équarrissage, parfois en dispersant un jus noirâtre le long du trajet. Les services de l’état, pas toujours coordonnés, n’avaient pas les moyens d’appliquer rapidement toutes les mesures de biosécurité qu’ils préconisent. C’est la principale raison de l’extension rapide de l’épidémie vers d’autres départements. Les oiseaux migrateurs trop facilement accusés, ont toujours favorisé les échanges mondialisés de microorganismes et continueront à le faire. C’est donc bien au niveau des territoires et de l’activité humaine qu’il conviendrait de mieux s’organiser pour neutraliser rapidement et efficacement, toute propagation en tâche d’huile des virus pathogènes.

 

 Selon deux articles publiés (29-01-21) par Reporterre (3), le MODEF (Mouvement de défense des exploitations familiales) comme la Confédération Paysanne ne peuvent que déplorer les nombreux témoignages de ce manque de rigueur sanitaire et d’organisation qui a favorisé l’extension de l’épidémie. Ils soulignent aussi des contradictions. Alors qu’on voulait dresser un cordon sanitaire et lutter contre le virus, en réalité on le propage partout en déplaçant les animaux contaminés ou morts, en multipliant les interventions d’opérateurs extérieurs, et souvent dans des délais trop longs. Alors que pour ralentir la progression du Covid on recommande d’aérer, de ne pas rester trop longtemps dans une pièce fermée, dans nos fermes on veut nous obliger à claustrer et entasser les canards. Résultat : ils sont stressés, respirent mal et ainsi se contaminent très rapidement. Alors que nous savons par expérience que remis à l’air libre, ils ne tomberont malades qu’avec un retard de plusieurs jours : autant de gagné pour mieux contrôler l’épidémie.

 

Les petits éleveurs traditionnels qui ont subi dans ces conditions incohérentes le traumatisme des abattages préventifs surtout lorsqu’il s’agissait d’animaux sains, sont inquiets. Certes il y aura un peu d’indemnisation, « mais on ne travaille pas pour ça. Dans combien de temps pourrons nous reprendre, quelle sera la durée du vide sanitaire imposé, quels effets et quel soutien de notre clientèle qui recherche la qualité, quels investissements faudra-t-il faire encore et quelle utilité ? Nos élevages sont en autarcie. On reçoit le canard à un jour puis on l’élève avec de l’espace, on le gave et on l’abat souvent sur l’exploitation. Il sort de chez nous en boite, sans aller contaminer ailleurs ! »

 

 On comprend que la Confédération Paysanne-ELB, lance dans les Pyrénées Atlantiques les premiers appels à manifester (Saint Palais) avec le sentiment que la grave crise de 2017 n’a servi à rien, qu’aucune leçon n’a été tirée. Les promesses de limitation des déplacements entre les différentes structures qui segmentent l’élevage intensif des palmipèdes n’ont pas été tenues. Les services sanitaires n’ont ni moyens, ni méthode adéquate, pour juguler rapidement les foyers épidémiques. Si bien qu’aujourd’hui, même les autres producteurs de volailles y compris de quelques unités n’échappent pas aux contraintes sanitaires. Indirectement pénalisés par les « empires du foie gras d’usine », ils sont également soumis avec angoisse au gâchis du « dépeuplement », s’ils sont localisés dans une zone de protection.

 

 

 Seulement un peu d’espoir pour une race ancienne de canards.

 

 La Covid 19 a au moins l’avantage de nous avoir mieux informés sur les modalités d’un développement épidémique, sur les formes d’action des virus et face à eux, sur le rôle important des défenses immunitaires. Il est clair que les fortes densités d’animaux sont particulièrement exposées aux contaminations virales (la peste porcine est un autre exemple), ce qui doit remettre en cause certaines formes d’élevage intensif aujourd’hui largement répandues à l’échelle planétaire, bien au-delà des volailles. Chez les palmipèdes, la pratique de la surdensité pour augmenter la rentabilité des gros élevages, s’accompagne d’un choix d’animaux très sélectionnés, à croissance rapide mais à faible diversité génétique, avec un système immunitaire effondré lié au stress permanent induit par la concentration. Un vivier idéal pour les agents pathogènes et leurs mutations. Un retour vers plus de biodiversité serait salutaire et il se trouve que l’on dispose encore dans notre département de races anciennes notamment celle nommée Kriaxera au Pays basque et « Lou Meste » en Béarn. Seul le couvoir de la Bidouze à Bidache conserve et reproduit cette souche locale qui fournit des canetons à seulement une dizaine d’éleveurs de la région. Une race remarquable par son élégance : le mâle canard de Rouen transmet une silhouette et des couleurs qui rappellent celles du colvert. Mais surtout par la saveur de ses magrets et la délicatesse des foies. Une race à très faibles effectifs qui a failli subir un « génocide » lorsque l’ANSES et la DGAL, envisagèrent en 2017, l’élimination de tous les reproducteurs de l’unique couvoir de Bidache. Sous prétexte qu’il y avait des tests positifs au virus et bien qu’aucun signe clinique n’apparaissent parmi les Kriaxera. Les éleveurs basques se rebiffent car ils pressentent que cette race ancienne est une richesse de biodiversité, ayant pu développer une immunité par le passé et étant asymptomatique aux virus. D’où une dispersion clandestine des reproducteurs qui assurera malgré les risques, leur survie.

 

Même chose en 2021 : un bâtiment du même couvoir dédié aux jeunes canards, situé en bord de route, est à nouveau testé positif, sans signe clinique. Les autres bâtiments plus à l’écart restent négatifs. Mais comme l’affaire précédente avait fait grand bruit, Jean Jacques Lasserre Président du Conseil Départemental et sa fille Florence Députée, dont la maison familiale est située sur la commune de Bidache se mobilisent très vite en même temps que la Communauté Pays Basque et obtiennent un arrêté interdisant le passage des camions de canards conduits à l’abattoir de Sames sur la route qui passe devant le couvoir. Les politiques reconnaissent ainsi que la transmission du virus peut se faire lors du transport des volailles infectées. Ils obtiennent aussi une dérogation pour expérimenter sous le contrôle d’un comité de pilotage avec des experts scientifiques un suivi pour vérifier la résistance au virus de la souche locale Kriaxera. A moins que ne soient les conditions d'élevage, avec de petits effectifs (2000), à l'air libre avec pâture, et tout le savoir faire paysan traditionnel!

 

 Si les conclusions confirment une certaine immunité, ce sera un précieux plaidoyer en faveur du maintien maximal de la biodiversité et de l’intérêt que présentent toutes les races animales ou variétés végétales anciennes pour l’avenir de notre planète. Il devient urgent que triomphent ces idées que nous défendons avec Slow Food depuis plus de 20 ans, car elles peuvent constituer un des fondements de l’agroécologie régénérative de demain. Quant à la question toujours controversée du gavage, y compris dans notre mouvement depuis 2014, on ne peut l’accepter quand il s’agit d’élevages industriels très intensifs, dominés par le seul intérêt financier, au détriment du bien-être animal. Dans les petits élevages paysans et familiaux le rapport à l’animal est différent, car on sait que la qualité est incompatible avec une souffrance. En accentuant avec beaucoup d’attention et de savoir-faire manuel, à base de maïs grain, une tendance naturelle des palmipèdes à l’engraissement avant leurs migrations, on peut accepter, mais une opinion différente est aussi légitime, un gavage traditionnel en faible densité, saisonnier, réversible, qui dans notre région fournit foies gras et magrets à notre patrimoine du goût ancré dans la culture paysanne.

 

C’est aux consommateurs d’arbitrer, avec beaucoup de modération, en choisissant, directement à la ferme, ou chez un artisan qui privilégie la qualité, ce produit de luxe festif, au juste prix. Accepteront-ils longtemps de contribuer pour payer des indemnisations sans fin, aux élevages concentrationnaires ne respectant pas le bien-être animal, qui menacent l’agriculture paysanne de qualité, et par leurs pratiques s’exposent sans cesse aux virus ? Faudra-t-il financer la recherche d’un vaccin aviaire selon la dernière demande du CIFOG, avant de remettre en cause tout un écosystème intensif de production qui s’avère obsolète face aux pandémies (1) ?

 

                                                       Gilbert Dalla Rosa

 Slow Food Béarn- 10/02/2021

 1.    Voir le dernier livre de Marie-Monique Robin- La Fabrique des Pandémies. La Découverte

 2.    Dans Marianne du 22 janvier et (3) du 5 février 2021

 3.       Voir les reportages publiés sur le net le 15 puis le 29 janvier 2021

 

 


"Bien et mieux manger" fait la une des hebdomadaires en cette fin septembre 2015. Nos idées progressent!


Nous recommandons tout particulièrement la lecture, dans Marianne du 18 septembre, de l'excellent dossier de 14 pages rédigé par Perico Legasse. A suivre aussi son émission tv : "Manger c'est voter" diffusée par la Chaîne parlementaire Public Sénat.

On remarquera que Marianne s'inspire de la même photo que nous pour faire sa une!


La Confédération Paysanne et Slow Food en accord pour le futur de l'agriculture.


La Confédération paysanne, deuxième syndicat agricole français, défenseur d'une agriculture paysanne, était invitée par Slow Food à Cheese, la biennale du mouvement dédiée au lait sous toutes ses formes qui se tient à Bra (Piémont) du 18 au 21 septembre 2015. Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, s’est exprimé dans diverses conférences sur la fin des quotas laitiers, le TTIP et l’impact que ce traité pourrait avoir sur le contenu de nos assiettes, ainsi que sur l’industrialisation et la financiarisation de l’agriculture avec l’exemple emblématique des 1000 vaches, projet de ferme-usine dans le nord de la France contre lequel la Confédération paysanne s'est fortement mobilisée depuis plus de deux ans.

A cette occasion, Carlo Petrini, président de Slow Food et Laurent Pinatel font cette déclaration commune : 

« L'agriculture européenne traverse actuellement une des plus graves crises qu'elle n’ait jamais connue. L'avenir de dizaines de milliers de paysans européens est actuellement en jeu, destins étroitement liés à la vie des territoires, la qualité de l'alimentation, la vitalité de l'économie rurale et agro-alimentaire, etc.

Nous vivons une période charnière pour l'occident à la limite de la rupture de civilisation. A la croisée des chemins, nous devons faire le choix entre une agriculture qui transformerait les fermes en usines et qui par la même occasion finirait d'exterminer la paysannerie ici et ailleurs, qui est, rappelons-le, la base et l'origine de toute culture. Ou une agriculture enracinée territorialement, où l'homme en osmose avec son environnement naturel, avec son cadre de vie, pourrait tirer de la nature, la quintessence de son travail et de la terre pour se nourrir et nourrir ses concitoyens.

Nous ne pouvons que constater que les politiques agricoles mises en place depuis 40 ans favorisent la destruction exponentielle de la paysannerie et de tout le patrimoine culturel qu'elle porte. La crise actuelle n'est pas tombée du ciel, elle est notamment le résultat des réformes successives de la PAC depuis 40 ans et en particulier de la gestion des quotas laitiers, de l'intégration de l'agriculture et l'alimentation dans l'arène impitoyable du commerce mondial, et bien que nos réseaux aient réussi jusqu’ici à endiguer certaines offensives ultralibérales, nous sommes aujourd'hui gravement menacés par les accords de libre-échange Europe / Canada / États-Unis communément appelés TAFTA et CETA qui finiraient d'achever la paysannerie.

Nous ne faisons pas de la conservation pour mettre sous cloche des souvenirs du passé. Nous ne faisons pas de la résistance à un progrès inéluctable auquel nous ne voulons pas nous adapter. Non, nous sommes ce progrès inéluctable face auquel la civilisation industrielle résiste, nous sommes porteurs de solutions d'avenir pertinentes d’un point de vue politique, économique, social, environnemental, territorial, énergétique, sanitaire, climatique, géopolitique, culturel, voire même philosophique. Le secteur péjorativement appelé « primaire » depuis l’éruption de nos sociétés industrielles doit devenir « le premier des secteurs » si nous avons l'ambition d'assurer un avenir pour les générations futures. 

En effet, l'industrialisation de l'agriculture et de l'alimentation est responsable de 50% des émissions des gaz à effet de serre. Par ailleurs, une augmentation de la température au-delà des 2°C fatidiques, c'est l'outil de travail des paysans lui-même qui serait menacé, c'est la capacité de nourrir les populations qui serait en jeu. L'enjeu climatique ne nous laisse plus aucune autre alternative : nous devons changer de paradigme.

C'est pourquoi, nous appelons à un changement de cap radical des politiques agricoles et alimentaires pour ouvrir la voie à ces horizons si prometteurs pensés et proposés par Slow Food et par la Confédération Paysanne. Des pionniers et entrepreneurs ont depuis des dizaines d'années pris d'autres chemins que celui imposé de l'industrialisation. Les solutions existent un peu partout sur la planète, telles des lanternes à suivre pour revisiter profondément notre modèle agricole et alimentaire. Il n'y a rien à inventer, il faut juste mettre en pratique ! ».