Grippe aviaire , bis repetita


grippe aviaire, le point de vue d'un virologue - juin 2022 : cliquer ici


Sauve qui Poule  Au pot du Béarn    appelle à Manifester

 

 

L’ÉLEVAGE DE VOLAILLES DE
PLEIN AIR EST EN DANGER !

 

En 6 ans, la filière avicole a connu 4 crises de grippe aviaire.
Cette année l’épidémie est incontrôlable alors que des mesures drastiques ont été prises par le gouvernement de manière unilatérale…
  Pour nous contacter: sauvequipoule.bearn@laposte.net

 

                                                         Pour nous rejoindre sur les réseaux sociaux : sauvequipouledubearn

 

 

Après son Assemblée Générale constitutive le 5 mars dernier, le Collectif "Sauve qui Poule au pot en Béarn" a maintenant son existence officielle auprès de la Préfecture des Pyrénées Atlantiques.

 

 

 

Avec 15 millions de volailles abattues en ce mois d’avril, la France continue de traverser la plus grave épizootie de grippe aviaire de son histoire.

 

 

 

Les conséquences de la claustration, qui dure depuis 6 mois et qui va se poursuivre, sont catastrophiques pour l’élevage de plein-air. Une demande de recours auprès du Conseil d’État vient d’être rejetée et la logique d’une production industrielle concentrée et segmentée se poursuit.

 

 

 

Dans le sud-ouest, l’administration et les coopératives poussent pour redémarrer la production, sans rien changer à la structuration de l’industrie de la volaille.

 

Ce redémarrage serait assujetti à une prolongation de la claustration et signerait la fin progressive mais inéluctable de l’élevage de plein-air.

 

 

 

Nous, membres de Slow Food Béarn, ne pouvons rester simples observateurs d’une mort programmée.

 

C’est pourquoi nous vous proposons de vous associer au Collectif "Sauve qui Poule au pot en Béarn" afin d’exprimer votre volonté de sauver  l’élevage de plein-air.

 

 

 

Nous vous attendons le :

 

 

 

VENDREDI 15 AVRIL à 14 HEURES

 

Devant la Préfecture de Pau

 

 

 

 


Survivre à l'absurde : un élevage agroforestier à l'heure du confinement

 

Par Anne-Catherine et Nicolas Petit
Auch, La Ferme en Coton (Gers), le 23 mars 2022

 

Le texte ci-dessous relate l’astreinte a confinement imposée par les services vétérinaires, suite à la diffusion du reportage remarquable "Sauve qui poule" par France 2 Tv  dans son émission 13h15 le samedi.

Pour voir ou revoir cette video:

https://www.france.tv/france-2/13h15-le-samedi/3072047-sauve-qui-poule.html?fbclid=IwAR2Bu850pb63oG_JFuY2G9VsboHG7VlCi2SVghvL4qUuPbl0HjuLTudRsUU

 

       Ce matin, le soleil de printemps se lève sur les bourgeons luxuriants de nos 8 000
arbres patiemment plantés au fil des vingt dernières années en élevage biologique de
volailles en plein air. Il inonde d’énergie bénéfique les haies généreuses, les bosquets
protecteurs et les alignements encourageants. Dans les pans de brume qui s’effilochent,
le soleil de printemps cherche les poules vigoureuses et sereines qui, d’habitude,
parcourent l’ombre des frondaisons, picorent l’herbe grasse et grattent la terre pour
dénicher moults insectes et de savoureux vers de terre.
Pourtant, ce matin, les recherches du soleil de printemps sont vaines. Aucun
passage de volaille dans l’herbe verte et luxuriante, ni sous les arbres, depuis maintenant
trois semaines !
Aucune trace du passage des volailles pleines de vitalité qui font la réputation de la
Ferme en Coton. Aucune, sinon une masse de volatiles tristes pataugeant dans la boue
dans un tout petit enclos qui jouxte leur cabane, au beau milieu d’une vaste étendue
d’herbe verte et épaisse et de bosquets qui ne servent plus à rien.
Un spectacle désolant et identique sur chacun des parcours de la ferme. Depuis
trois semaines.
On pourrait croire que la maladie s’est abattue sur l’élevage. Que l’épidémie a gagné
la ferme en Coton. Mais non, c’est même le contraire ! Son bon état sanitaire a sans doute
rangé, déplu. On a préféré interdire, confiner le plein air, industrialiser le bio, raboter la
singularité.
Au lendemain de la diffusion sur France 2 d’un reportage 1 consacré à la façon dont
la Ferme en Coton traversait sans encombre un énième épisode de zoonose, la sentence
est tombée sous la forme d’une mise en demeure d’enfermement de nos volailles.


L’influenza, ou grippe aviaire, s’est introduite cette année en France via un élevage
intensif proche de Dunkerque. Elle s’est rapidement diffusée sur le territoire et
notamment, comme d’habitude, dans le Sud-Ouest, région aux très nombreux élevages
avicoles.
Des mesures nationales ont été prises rapidement pour confiner toutes les volailles
ou recouvrir leurs parcs de filets qui empêchent le contact avec les migrateurs qui
propagent la maladie.
Il est clair que confiner les animaux n’a aucune incidence sur les élevages industriels
dont les bêtes ne voient jamais la lumière du jour. Pourtant, ces exploitations sont
régulièrement approvisionnées par des camions qui apportent toute la nourriture, les
produits vétérinaires ou les dérivés et qui trimballent les bêtes à l’existence si brève et en
fonction des spécialités (éclosion, croissance, gavage, abattage, transformation). Chacun
de ces échanges avec l’extérieur, avec des usines et d’autres exploitations, multiplie les
risques de contagion. Absurde.
D’ailleurs, en même temps que dans le Sud-Ouest, l’épidémie s’est abattue sur la
Vendée pourtant les élevages sont tous de type industriel et donc fermés. La
démonstration de l’inefficacité de la claustration est éclatante. Mais pas aux yeux des
instances sanitaires. Absurde.


Non, ces mesures visent les élevages de plein air comme le nôtre car les autorités
nous accusent d’être de dangereux foyers potentiels alors que 99% des contaminations
ne concernent que des fermes-usines. Pourtant nous travaillons en autarcie, fabriquons
la nourriture de nos animaux sur place, ne consommons aucun produit vétérinaire. Les
risques d’entrée virale sont très faibles comme ceux de la propagation. Mais il nous faut
claustrer nos bêtes, au mépris des exigences des labels « plein air » et AB, en acceptant
de tromper les consommateurs parce que l’État l’a exigé. Absurde.
Longtemps, les éleveurs comme nous ont fait la sourde oreille, tardant à mettre les
restrictions en place tant elles s’opposent à l’essence même de notre métier. Et puis, nous
étions persuadés d’obtenir comme les années précédentes des dérogations du fait de
notre statut d’exploitation en agroforesterie. En effet, les arbres rendent quasi impossible
la pose de filets.
Quand le reportage a montré que nos volailles continuaient à gambader en liberté
au milieu de nos bosquets, une colère a dû exploser quelque part dans les hautes sphères
et l’ordre a été donné de nous mettre au pas, pour l’exemple.
Le surlendemain, deux agents de la DDETSPP sont venus « faire une inspection » et
nous remettre une mise en demeure nous enjoignant de nous conformer aux
réglementations.
Dans un délai de 8 jours obtenu à l’arrachée, il a fallu que la Ferme en Coton
applique les directives. La mort dans l’âme, nous avons construit des enclos 8 fois plus
petits que les parcours habituels. Au lieu de 4m 2 par tête, chacune ne dispose plus que
d’un demi.
Il est difficile de comprendre qu’en concentrant les animaux, on puisse réduire le
risque sanitaire. Mais ce n’est qu’un détail au pays de l’absurde.
Nous avons vu l’herbe disparaître de ces enclos en moins de temps qu’il ne le faut
pour l’écrire. Absurde.

Nous avons vu la boue remplacer l’herbe. Absurde.
Nous avons vu les volailles commencer à stresser, à chercher en vain dans cette
fange une nourriture complémentaire et vivante qui n’existait plus. Absurde.
Nous les avons vues ramener dans les cabanes jusque-là si saines et propres cette
boue malodorante et humide, venant saturer leur litière d’ammoniaque. Absurde.
Nous avons vu leur bien-être et leur santé décroître. Absurde.
Et nous avons vu notre propre santé psychologique dépérir : à quoi rime
dorénavant notre métier qui nous rendait si fiers ? Où sont le plein air, le vrai bio et
l’excellence agroforestière qui caractérisent notre filière ? À quoi servent les 8 000 arbres
que nous avons plantés en 20 ans pour abriter nos poules, les protéger des buses, du
vent et de la morsure du soleil ?
Car il n’y a rien d’absurde à aimer son métier, à respecter les animaux que l’on élève,
à se soucier de leur bien-être et de leur santé. Comment se fait-il qu’en 20 ans de
pratique professionnelle, sans aucun produit vétérinaire, nous n’avons souffert d’aucune
maladie ni d’aucun parasitage. Il n’y a rien d’absurde à vouloir pratiquer un élevage
éthique et naturel. Il n’y a rien d’absurde à être fiers que nos produits soient
gustativement et qualitativement parmi les meilleurs et qu’ils soient reconnus comme
tels par les plus grands restaurateurs et les milliers de consommateurs qui nous font
confiance.
Il n’y a rien d’absurde à vouloir survivre à l’absurde et à tout faire pour y parvenir.
Même s’il devient dur de se lever dans ces conditions.
L’idéal serait qu’une vaste étude scientifique soit menée sur notre exploitation et
d’autres du même genre pour analyser à quel point nos méthodes d’élevage changent la
donne sanitaire, à quel point nos volailles sont naturellement plus résistantes aux
maladies, à quel point l’agroforesterie les protège et contribue à leur bien-être.
Mais il faudrait pour cela que nous soyons encore là dans un an, dans deux ans...
Prétendre « protéger » les élevages de plein air en les forçant à passer sous les fourches
caudines de l’élevage industriel condamne toute la filière à une disparition à très court
terme. Alors, est-il vraiment absurde d’espérer que les autorités retrouvent vite le chemin
de la raison, annulent leurs directives contre-productives et permettent une
expérimentation contrôlée et transparente d’une autre relation avec le vivant ?


Nicolas et Anne-Catherine PETIT, éleveurs agroforestiers à La Ferme En Coton


SAUVE QUI POULE   AU POT DU BÉARN   (5 mars 2022)

    

     Une quarantaine de producteurs et de consommateurs ( dont 3 représentants de Slow Food Béarn) étaient réunis le samedi 5 mars à 17 heures , salle Cazaurang à Billère , pour adopter à l'unanimité les statuts de cette nouvelle association, qui seront prochainement déposés.

      Initiés dans le sud est de la France ( Drôme, Vaucluse , Var) ces collectifs "Sauve Qui poule" essaiment maintenant dans l'hexagone : Gers, Loire Atlantique , Landes , Béarn .. et devront envisager de se fédérer. Car il y a urgence, face aux reprises annuelles de l'épizootie de grippe aviaire se traduisant depuis l'automne par un décret d'enfermement généralisé, cette fois sans aucune dérogation, de toutes les volailles de France. Une disposition qui condamne à terme les petits élevages fermiers de plein air qui fournissent en produits de qualité (bien différents des élevages industriels), les acheteurs locaux.

     En Béarn, l'association sera administrée par un Conseil Collégial d'au moins 10 membres, représentant à parité  éleveurs et consommateurs, avec pour objet:

 

-                    de rapprocher et unir les paysans.annes et les citoyens.ennes autour de l’intérêt commun de santé globale, du bien être animal, du respect du vivant, et de la biodiversité, et dans la promotion d’un art de vivre;

 

-                    de promouvoir et développer une agriculture paysanne de proximité, à taille humaine et répondant aux attentes des citoyens.nes en particulier sur les enjeux de l’élevage en plein air.

    Ci- dessous vue partielle de l'Assemblée Constitutive de l'association le 5 mars 2022 à Billère.

 


 

L’ELEVAGE DE VOLAILLES DE PLEIN AIR EST EN DANGER !

En 6 ans, la filière avicole a connu 4 crises de grippe aviaire.
Cet hiver, des mesures encore plus drastiques ont été prises de manière unilatérale par le gouvernement (enfermement des volailles, abattage préventif, vide sanitaire …) quel que soit le type et la taille des élevages …
pour une efficacité qui reste à démontrer !
Au 1er mars 2022, plus de 4 millions de volailles abattues en France et 385 foyers de grippe aviaire en élevage !

Les mesures de biosécurité et les mesures d’enfermement nous imposent, à nous petits éleveurs-ses des investissements taillés pour le système industriel et inadaptés à nos petits élevages en circuit-court.

On nous a conseillé de nous professionnaliser,

On a évolué…

On nous a incité à moderniser les bâtiments…

On les a construits …

On nous a obligé à mettre en place des sas pour plus de sécurité sanitaire…

On a investi…

Et maintenant il faudrait claustrer nos volailles, au moins six mois, et peut être tous les ans ?

Nous, consommateurs -trices, sommes attachés :

-          à l’agriculture paysanne,

-          aux élevages bio ou de plein air,

-          à la biodiversité,

-          au bien-être animal,

-          aux circuits courts,

-          à une alimentation saine,

-          à la qualité diététique, nutritionnelle et gustative de nos produits fermiers…

C’est pourquoi, nous avons décidé avec nos producteurs Béarnais de constituer ENSEMBLE, un collectif pour faire entendre la voix SOLIDAIRE des consommateurs et la détresse des petits éleveurs-ses.

Enfermer, c’est maltraiter nos volailles et mettre en danger nos élevages !

Enfermer, c’est tromper les consommateurs qui pensent acheter des œufs et des volailles de plein air !

Nous, éleveurs-ses, nous voulons bien produire. Nous pensons au contraire que nos petits systèmes autonomes et diversifiés sont plus résilients et sont une solution pour prévenir les prochaines crises sanitaires.

Nous, consommateurs-trices, nous voulons avoir le choix de consommer local. Nous ne voulons pas la disparition de nos éleveurs-ses de volailles de plein air.

ENSEMBLE, défendons l’élevage fermier de PLEIN-AIR !
ENSEMBLE, soutenons nos petits éleveurs !
Pas la DESTRUCTION mais la PRÉSERVATION !
ENSEMBLE, demandons des mesures différenciées de bio-sécurité et
des adaptations propres aux petits élevages !

 

      La cotisation annuelle pour les personnes physiques ou morales a été fixée à au moins 5 €.  Et Plus si vous pouvez!

      Nous vous indiquerons très prochainement comment adhérer lorsque les formalités bancaires seront faites. En attendant      Slow Food Béarn peut servir de relai ou vous informer. Nous contacter au : 0688433575.


 En complément et provenant de l'Association Sauve qui poule Gers - 20 février 2022
MANIFESTE POUR LA SAUVEGARDE DES ÉLEVAGES
PLEIN AIR
Le contexte de la grippe aviaire et le durcissement des mesures imposées aux éleveurs
La France est régulièrement touchée par des épizooties de grippe aviaire qui peut entraîner
une surmortalité des volailles.
Afin de lutter contre la diffusion de ce virus, plusieurs mesures de « biosécurité » ont été
prises depuis 2015 par tous les éleveurs. Les résultats en sont mitigés, n’empêchant pas, chaque
année, des centaines d’élevages d’être touchés par cette maladie et entraînant l’abattage massif de
millions de volailles saines (à cause du principe de précaution).
Cette année, une mesure supplémentaire a été imposée aux éleveurs : l’enfermement
obligatoire et systématique des volailles sur toute la durée de la crise. C’est à dire du 05 novembre
2022 .... et ne prévoit pas de date de fin, restant active tant que des cas de grippes aviaires seront
constatés sur le territoire français. Pour mémoire, en 2021, la crise s’était arrêtée au mois de mai.
Concrètement, cela veut dire que l’ensemble de la production de volailles en France se déroule,
cette année, dans des bâtiments fermés durant 6 ou 8 mois.
Les nombreuses réunions de crise organisées par le ministère de l’agriculture et les
professionnels de la production avicole (où les acteurs des filières longues et industrielles sont
surreprésentées par rapport aux petits éleveurs paysans) laissent entendre que cette mesure sera
appliquée chaque année sur des périodes de plus en plus longues.
L’enfermement obligatoire représente une atteint grave aux bien-être des animaux
L’enfermement obligatoire des volailles ne permet plus d’élever des animaux en respectant
leur bien être. Même en réduisant les densités, ce qui met en péril les fragiles équilibres
économiques des petites fermes, cette obligation entraîne une maltraitance animale. Les volailles ne
peuvent plus satisfaire leurs besoins physiologiques primaires. La promiscuité entraîne de
l’agressivité entre elles. Les plus faibles sont systématiquement agressés par le nombre et n’ont
aucune échappatoire.
La maigre dérogation qui est consentie pour donner un accès à l’extérieur (0,5 m² par
volaille contre 4 ou 5 m² actuellement) ne tient pas compte des conditions saisonnales et
météorologiques et aggravent les problèmes sanitaires (risque de développement de salmonelles et
de maladies telle que la galle des pattes). Ces contraintes ne permettent plus aux éleveurs de
prévenir les comportements de picage ni de harcèlement des mâles sur les femelles.
La claustration obligatoire des volailles est inefficace pour lutter contre la grippe aviaire
Cette mesure ne tient pas compte des spécificités de l’élevage paysan, autonome et
autarcique qui, en réduisant au maximum les entrées de personnels, techniciens, commerciaux,
livreurs, équipes d’enlèvement, vétérinaires (et j’en passe), nous protège de la circulation du virus.
Surtout, cette mesure n’a apporté aucune réponse efficace à la crise. Il y a, en date du 18
février 2022, 364 cas de grippe aviaire recensés dans des élevages de volailles en France dont au
moins 99 % des cas concernent des élevages où les animaux sont entièrement claustrés sans aucun
accès à l’extérieur (le 1 % restant concerne des élevages où les animaux étaient sur parcours
restreints avec filets de protection empêchant tout contact avec l’extérieur). Le virus continu de se
répandre dans les élevages claustrés, malgré les vides sanitaires opérés sur de vastes territoires
(abattage préventif de millions de volailles saines)
Enfin, la sur-concentration des animaux en bâtiment est, de l’avis des scientifiques, un
terrain favorable au développement de virus de plus en plus virulents (je renvoie à ce sujet à

l’excellente tribune signée par des directeurs de recherches du CNRS, de l’EHESS et de l’INRA,
publiée dans Le Monde le 11 février 2022).
Cette mesure, dont le rapport bénéfice/risque est clairement déficitaire, fait actuellement
l’objet d’un recours déposé devant le Conseil d’État et devrait être jugé d’ici fin mars.
Parallèlement, plusieurs commissions composées d’éleveurs paysans, de leurs représentants
syndicaux et de scientifiques œuvrent à l’élaboration de propositions concrètes pour faire avancer la
gestion de la crise de la grippe aviaire.
Il est urgent d’agir aujourd’hui pour garantir la pérennité des élevages plein air
Nous, éleveurs paysans, nous opposons de toutes nos forces à cette mesure d’enfermement
des volailles qui va à l’encontre du bon sens et bafoue et traîne dans la boue toutes nos valeurs de
bien être animal, de production alimentaire saine et de qualité et de respect de la nature et de la
biodiversité.
Le débat aujourd’hui n’est pas une simple considération technique sur l’élevage. Il s’agit de
préserver et de sanctuariser l’élevage plein air, de soutenir les paysans qui revitalisent les
campagnes, qui maintiennent les paysages, qui sont les garants d’une agriculture responsable et
résiliente, qui ont ancré dans leurs pratiques du quotidien la sauvegarde de la biodiversité.
Il s’agit également de maintenir ce lien de confiance qui unit les producteurs aux
restaurateurs et celui qui assure la confiance et le respect des restaurateurs envers leurs clients.
Comment accepter que les appellations de Label plein air, d’Agriculture Biologique, de
Label Rouge et de bien être animal soient conservées dans des visées commerciales alors que l’on
oblige tous les éleveurs sans exception à enfermer leurs volailles, les conduisant de ce fait à des
pratiques maltraitantes.
Il est urgent de se mobiliser maintenant avant que l’enfermement des volailles ne soient
entériné, entre définitivement dans les règles de l’élevage en France et n’ouvre la porte à la remise
en question du plein air pour d’autres productions animales, tel que le porc.
Nous vous engageons à soutenir ceux qui placent le bien être de l’animal au-dessus de
toutes considérations financières et politiques ; de soutenir les paysans qui restent conscients
que la seule condition acceptable de manger de la viande doit passer par le respect de l’animal.


les consommateurs ne peuvent plus rester indifférents !

 

 Bien qu’il s’agisse d’une souche virale légèrement différente, H5N1 se répand comme l’an dernier, presque aussi rapidement qu’Omicron, depuis le 1er cas début décembre à Manciet dans le Gers, avant le sud les Landes très concerné déjà en 2021, et les Pyrénées Atlantiques.

 

 Le 14 janvier 2022, un total de 132 foyers IAHP (influenza aviaire hautement pathogène) étaient confirmés et répertoriés, passant à 265 au 24 janvier (dont 50 dans le département des Pyrénées Atlantiques). Sur la carte jointe, les zones critiques de protection sont marron foncé, dans les zones bistre plus larges dites de surveillance s’appliquent des restrictions strictes, notamment de transport.

 

C’est dire l’inefficacité et l’échec de toutes les mesures gouvernementales imposées, suite à l’épidémie de l’année précédente, pour renforcer la biosécurité avec confinement généralisé, sans aucune dérogation, de tous les élevages de volailles et palmipèdes y compris de petite taille, en plein air.

 

Le ministère de l’Agriculture débordé vient d’opter pour une stratégie de vide sanitaire rapide, avec abattage ou dépeuplement des élevages dans 226 communes du Sud-Ouest dont 26 dans le nord du 64. L’élimination de 2,5 millions de volailles (dont 900000 canards), s’accélère avec l’appui d’une société néerlandaise spécialisée, afin de gérer temporairement une plateforme d’équarrissage dans les Landes. Seuls quelques animaux suffisamment mâtures iront, sans risque, vers la consommation humaine. Les éleveurs concernés par ce dépeuplement seront indemnisés sur les mêmes bases que l’an dernier, mais se relèveront-ils ?

 

        Seuls les élevages industriels organisés en filières et souvent intégrés par des coopératives ont reçu assez vite des compensations financières acceptables. Par contre l’indemnisation des éleveurs plus petits, s’avère beaucoup plus complexe, avec des frais pour l’instruction des dossiers et qui vient de s’achever, avec beaucoup de retard. Elle est surtout beaucoup plus pénalisante pour les petits puisque la valorisation de la transformation à la ferme, de la vente directe, voire du label bio ne sont, injustement, pas pris en compte.

 

 

Certes l’emballement épidémique et les 3.5 millions de têtes déjà éliminées l’an dernier pourraient justifier quelque peu l’urgence et la raideur actuelle des décisions. Sauf que le Ministre de l’agriculture ne cesse aussi de mettre en avant, la nécessité pour la France d’être très vite exempte de grippe aviaire pour, en se conformant aux traités internationaux du commerce, reprendre au plus vite les exportations de produits hauts de gamme comme le foie gras, et de reproducteurs très sélectionnés, dont seules les grosses structures financières ont un quasi- monopole. Le but de ce vide sanitaire élargi et précipité répond surtout à l’objectif de pouvoir redémarrer une production industrielle dès la fin du mois de mars. Et pour remotiver ceux qui ont dû faire des extensions et investissements surdimensionnés suite à leur intégration dans de grands groupes coopératifs ou privés, on relance l’idée d’un vaccin, en passant sous silence les 340 souches inventoriées de grippe aviaire et en évitant de s’interroger sur les causes de l’échec actuel.

 

 

Car comment expliquer ce rebond épidémique annuel malgré les lourdes mesures préventives édictées. Jusqu’à ce jour, les cas de contamination dans l’avifaune sauvage, bien pratiques pour abuser l’opinion, ont quasiment tous été recensés dans la moitié nord de la France, loin de nos foyers actifs de contamination. Et dans le Sud-ouest, seule une basse-cour a été infectée, alors que de nombreux petits éleveurs en plein air, continuent de résister, n’appliquant pas l’obligation légale de confinement, contraire aux normes de qualité de leur production et du bien-être animal. C’est la trop forte densité d’élevages de type industriel qui ne cessent de se répandre, avec les pratiques de spécialisation (naisseurs, éleveurs, gaveurs, conserveurs) qui engendrent trop de transports souvent sur de longues distances et de déplacements de main d’œuvre occasionnelle ou de techniciens. C’est l’hyper-sélection de volatiles pratiquement clonés, fragilisés par la recherche d’une productivité maximale, dans l’immaturité d’une vie écourtée soumise à l’entassement dans de trop grands bâtiments nécessitant une ventilation. Celle-ci répand à l’extérieur tous les aérosols viraux des contagions fulgurantes qui fatalement s’y développent, constituant des relais, comme les transports, vers d’autres élevages.

 

 

 Ces grandes unités de production reçoivent camions d’aliments et autres. Parfois, chaque jour, passe aussi celui qui assure la collecte des œufs des batteries de poules pondeuses. Un exemple : Sylvie Colas qui vend une partie de ses volailles au marché Bio de Billère, vient de voir son modeste élevage gersois classé en « zone de surveillance ». Parce que chez un éleveur voisin, le camion de Vivadour regroupant les œufs dans un rayon d’une cinquantaine de kilomètres, semble être à l’origine de ce foyer de contamination. Résultat un peu paradoxal : elle n’a plus le droit de faire arriver de nouveaux poussins pour assurer le renouvellement des poulets de chair et donc dans 2 mois, il n’y aura plus de vente possible. Idem pour sa collègue encore plus pénalisée puisqu’elle vient de subir en zone de protection « le dépeuplement ». Le désarroi est vif car elles savent qu’elles seront largement perdantes au niveau de l’indemnisation. Quant aux consommateurs du marché de Billère, ils seront eux aussi indirectement impactés par l’absence d’offre ce printemps.

 

 

 C’est toute une agriculture paysanne que remettent en cause les épidémies successives de grippe aviaire, alors que les mesures gouvernementales ne favorisent chaque fois que l’agro-industrie dans sa démesure. Les consommateurs qui s’efforcent d’éviter la malbouffe, par une alimentation locale riche en nutriments, sont aussi sciemment oubliés. L’idée de rapprocher dans un même collectif, comme le suggère la Confédération Paysanne, des consommateurs sensibilisés et les éleveurs de volailles en plein air, devient presque urgent et s’inscrit dans la démarche de Slow Food pour initier de véritables communautés de la nourriture afin de préserver la qualité de l’alimentation, la biodiversité domestique, avec un changement progressif du modèle agricole intensif vers l’agroécologie, le bien-être animal et la résilience. Plutôt que de continuer à exporter du foie gras de mauvaise qualité, ne vaudrait-il pas mieux, en changeant les habitudes alimentaires imposées par l’agro-industrie, réduire nos fortes importations de soja, tourteaux et autres céréales, nécessaires aux élevages industriels obsolètes qui sont autant incompatibles avec la santé humaine qu’avec celle des êtres vivants et de la planète.

 

 

 

Gilbert Dalla Rosa pour Slow Food Béarn, le 26 janvier 2021.

 

Nouvelle réunion à Emmaüs-Lescar,  vendredi 28 janvier à 20h pour la création d'un collectif.

 

        Paru le 27 janvier l'hebdomadaire Marianne publie l' article de Périco Legasse (ci-dessous) qui complète l'analyse et   confirme nos craintes concernant la situation critique des élevages en plein air.




Grippe aviaire - réunion à Emmaüs le 17 décembre 2021


Un article du Cairn, la revue de Emmaüs Lescar Pau


Grippe Aviaire suite: le retour anticipé, Novembre 2021

C'est la suite d'un article déjà mis en ligne au printemps 2021 que pouvez retrouver ou relire à la suite de celui-ci.

 

Depuis le 5 novembre comme l’analyse avec Justesse le Canard Enchaîné, les élevages de volailles en liberté sont hors la loi. En faisant passer la France en « risque élevé » de grippe aviaire, par arrêtés le Ministre de l’Agriculture ordonne le confinement de tous les animaux à plumes du territoire, prétextant le risque d’une nouvelle épizootie. Des contaminations ont été relevées dans la faune sauvage et des élevages industriels claustrés aux Pays Bas et en Pologne. Que des virus circulent dans la nature et depuis longtemps n’a rien d’exceptionnel, c’est ainsi que des races anciennes de canards, nous l’avons vu, peuvent être en partie immunisées.

 

 Il est clair que la rapidité de l’anticipation ministérielle cherche à profiter de la passivité de l’opinion qui face au Covid a relativement bien accepté que la priorité Santé s’impose, face à celle de Liberté, pourtant constitutionnelle. Ce faisant elle ignore les dérogations qui devaient continuer à préserver le plein air, au moins pour les petits élevages inférieurs à 3200 têtes. Des assurances avaient été renouvelées devant leurs représentants, en fin de crise épidémique l’hiver dernier. Car le gouvernement en cette période de COP 26 bien décevante, s’il affiche haut d’un côté la volonté d’aller vers la Transition Ecologique (toujours un peu biaisée en faveur de certaines technologies),  de l’autre en sourdine, il privilégie notamment l’agro-industrie et ses grands élevages hors sol, loin d’être exemplaires. De nombreuses études scientifiques ont déjà prouvé la responsabilité de l’élevage industriel dans la diffusion de la grippe aviaire, surtout lors de la multiplication des transports mal contrôlés d’animaux, vers des unités spécialisées souvent éloignées, à différentes étapes de leur croissance. Cette pratique génère en parallèle une turbulence de travailleurs saisonniers en sous- traitance, peu sensibilisés aux risques de contaminations. Paradoxalement les leçons des crises précédentes, sous la pression des lobbies industriels liés aux élevages intensifs de palmipèdes et autres volailles, sont oubliées. Les arrêtés récents du ministère ne réduisent, ni ne réglementent de façon précise, ces conditions de transports ou de travail. Tout est fait pour ne pas fragiliser les fondements financiers de ces filières. Au contraire, en obtenant l’élimination à terme de l’élevage de plein air dans les petites exploitations où il est un outil indispensable à la qualité, elles peuvent cyniquement espérer de nouveaux débouchés. C’est pour cela que quelques représentants des consommateurs, dont Slow Food, s’étaient joints à la manifestation de ces éleveurs menacés, venus des Pays de l’Adour et organisée à Pau, devant les Directions Départementales de la Cité Administrative. Le bâtiment de la DDPP a donc été ironiquement « confiné », avec drapeaux et banderoles sur un fond réel d’inquiétudes, par la Confédération Paysanne et le MODEF. Le porte-parole national Nicolas Girod, puis Sylvie Colas venue du Gers, ont exprimé de façon poignante le désarroi des petits éleveurs, face aux ambiguïtés de l’Administration Centrale. Plus tard les propos du Directeur départemental, se disant en recherche de solutions plus que de verbalisations, auront du mal à convaincre.

 

Dans l’assistance ceux qui ont des élevages de faible densité, ceux pour qui le plein air est le cœur du métier et gage de produits de qualité, ceux qui poussés dans l’illégalité par la multiplication de normes ubuesques, resteront sceptiques et découragés. Ils savent bien que leurs races de souches plus traditionnelles, non génétiquement adaptées à la concentration dans des bâtiments sans perchoir, auront dans l'enfermement forcé, des réactions d’agressivité jusqu’au sang, économiquement désastreuses. Ils n’ont ni les moyens ni l’envie de faire ces bâtiments, ces filets ou clôtures supplémentaires qu’on cherche à leur imposer : les épisodes précédents et leurs incohérences, les ont en quelques sorte vaccinés et ils se sentent désormais incompris, coincés. « Si je n’enferme pas, je suis hors la loi, si j’enferme, je ne respecte plus ni le bien-être animal, ni la qualité de mes produits ». Car la multiplication des normes « parisiennes », devient une « arnaque » pour les consommateurs, en mettant à mal tout le travail fait pour respecter les labels, ainsi que la simple classification des œufs, désormais tous confinés, sans herbe et donc sans oméga 3 ! Inquiétude aussi face aux tensions sociales qui risquent de s’installer dans des campagnes ou l'état d'esprit est déjà bien dégradé. Quels rapports déjà entre ceux qui peuvent faire de nouveaux bâtiments et fermer les volailles et ceux qui résistent par obligation ou conviction ? Et n’oublions pas, malgré une faible augmentation récente de la retraite agricole, qu'il y a aussi de très petits élevages de volailles de qualité  constituant un appoint indispensable  pour des ruraux âgés aux faibles ressources. Ils participent aussi au maintien et aux saveurs des marchés locaux.

Manger local ne suffit pas, si on ne se préoccupe en même temps de la survie de tous les producteurs garants de la qualité nutritionnelle, gustative, et durable de nos aliments du terroir.

Avantager les gros, ne pas faire confiance aux petits : la bonne recette pour Gilets jaunes est connue!

 

 

 

 

La manifestation médiatisée dans la REP du 17 novembre 2021

 

 

 

 

 

 

 

 

Le plein air pour les volailles n'est pas négociable!

 

Ce 16 novembre 2021, la Direction Départementale de la Protection des Populations (DDPP), à son tour confinée!  Par la manifestation des éleveurs de volailles de qualité et en plein air des Pays de l'Adour, à l'appel de la Confédération Paysanne et du MODEF, avec le soutien de consommateurs. Tous  ont affirmé leur opposition aux arrêtés imposant sans dérogation un enfermement généralisé des animaux, bafouant  les critères de qualité, au seul profit des industriels.



Un article du Canard Enchainé


2021: Grippe Aviaire, l'autre virus sans fin !

Sourire devient difficile, alors que les virus et leurs mutants perturbent toute notre vie sociale et même notre gastronomie.

Ainsi l'influenza aviaire à virus H5N8, affecte durement pour la 3ème fois depuis 2015,  les élevages de palmipèdes et  moins les autres volailles. Les Services sanitaires de L’État, pas très performants comme pour Covid 19, ont depuis novembre déjà fait euthanasier plus de 2 millions de têtes, sans parvenir à circonscrire l'épidémie qui à partir du sud des Landes, a rapidement diffusé sur l'ensemble du Sud-Ouest. Les méthodes de production en élevages trop intensifs, de canards gavés pour produire foie gras et magrets, en  générant  de multiples déplacements sont la cause réelle des contaminations. Mais l'agrobusiness et ses lobbies préfèrent accuser les oiseaux migrateurs. Cela leur permet de déstabiliser les élevages paysans plus traditionnels qui veulent maintenir l'accès au plein air pour une meilleure qualité des produits.Ce sont eux aussi qui doivent abattre par précaution nombre d'animaux sains y compris de races anciennes plus immunisées. Pour comprendre cet enjeu qui interpelle sur le bien-être animal, et ne peut laisser les consommateurs avertis indifférents à la disparition d'une agriculture paysanne qui sait maintenir la qualité des produits.

 

La Covid 19 en focalisant nos préoccupations sur les risques sanitaires, les vaccins, le désarroi psychologique, la paralysie de toute notre vie sociale et art de vivre, ne doit pas faire oublier son cousin : H5N8, le virus de l’influenza aviaire mutant du H5N1 de 2015. Fort heureusement il ne cible jusqu’ici que les élevages intensifs de palmipèdes, et moins les autres volailles. Même s’il ne s’est pas encore transmis à l’homme, il s’ajoute au cortège des zoonoses nées de nos rapports dégradés avec la nature par exemple à travers les élevages intensifs, les déforestations… qui s’accélèrent à l’échelle planétaire (1). Le Sud-Ouest est donc confronté à une troisième crise aviaire, commencée en novembre dernier, avec un virus identique à celui de l’hiver 2016-2017, particulièrement contagieux et dévastateur (plus de 4 millions de canards furent éliminés, le plus souvent préventivement).

 

Avec deux millions de canards récemment abattus, on comprend le désarroi des éleveurs, surtout lorsqu’il concerne des animaux sains, malencontreusement situés dans les périmètres dits « zones de protection », qui incluent toutes les communes, dans un rayon de 5km autour des 434 foyers identifiés début février. Soit au 28 janvier2021 : 339 communes concernées, dont 138 en Pyrénées Atlantiques avec 40 foyers). Depuis cette date la situation continue de se dégrader dans notre département : 230 communes sont incluses dans les zones d’abattages préventifs. Quelques 457000 palmipèdes et 34000 gallinacés de 110 élevages ont déjà été sacrifiés, suscitant de vives réactions surtout chez de petits éleveurs, soutenus par de rares syndicats, et inquiets concernant l’avenir de leur activité.

 

Vives controverses sur l’origine et la gestion de ces crises virales à répétition.

 

Localement et notamment au Pays Basque, la crise de 2017 a laissé de bien mauvais souvenirs avec, pour tenter d’imposer les abattages d’animaux sains : des déploiements de CRS suivis de procès pour rébellion, heureusement sans lourdes suites judiciaires. Cette opposition vis-à-vis des responsables des instances nationales (DGAL et ANSES) avait pour origine leur intransigeance vis-à-vis des éleveurs traditionnels, ayant de faibles effectifs sur des parcours en plein air, car soucieux de la qualité de leurs produits et donc du bien- être animal. Un mode d’élevage accusé d’être trop facilement contaminé par des contacts possibles avec des oiseaux migrateurs, qu’il faut donc claustrer et sans doute à terme éliminer ? Arguments trop facilement repris et diffusés par les industriels du foie gras avec le relais de certains médias, alors que l’on savait en 2017, que la diffusion de la contamination s’était produite lors de transports douteux faits sans précaution par camions, à partir des élevages hors-sol intensifs de canards, vers des ateliers de gavage éloignés.

Aujourd’hui Les responsables nationaux de la gestion de cette crise sont toujours en place, voire ont été promus, alors que les mesures et les subventions de précaution qu’ils avaient mis en place après la 2ème crise se révèlent aujourd’hui totalement inopérantes. Si de petits élevages fermiers en plein air ont été parfois contraints de cesser leur activité, les gros producteurs continuent d’entasser des dizaines de milliers de canards dans des bâtiments concentrationnaires, sans vraiment respecter de vide sanitaire. Pour fonctionner en continu toute l’année, au mépris du rythme biologique des animaux, ils se sont contentés soit d’agrandir, soit de multiplier les bâtiments grâce aux subventions d’après crise. Bâtiments dotés de puissants systèmes de ventilation qui propulsent dans la nature environnante, la respiration, virus compris, des canards entassés. Enfin, l’intervention d’équipes d’ouvriers mandatés par les coopératives pour le regroupement et la collecte des canards avant ces multiples déplacements ou pour les traitements, en allant de site en site, multiplient aussi les risques de contamination. 

Plus encore qu’en 2017, la filière continue d’augmenter les fortes concentrations qui sont le vrai problème avec son corollaire qui reste la segmentation basée sur le transport par camion du couvoir de naissance, vers le ou les lieux de croissance, puis vers de nombreuses salles de gavage, ensuite ce sera l’abattoir et enfin l’usine de transformation. On a beau multiplier les mesures de biosécurité et les nettoyages frénétiques ; le déplacement de ces camions transportant plusieurs milliers de bêtes qu’il faut laisser respirer sous des filets de sécurité désormais imposés pour retenir au moins les plumes, serait encore un facteur important de propagation de l’épidémie par les aérosols viraux, répandus tout le long des routes. Plusieurs exemples de transfert des Landes vers les Hautes Pyrénées ou du Gers vers le Pays Basque ont révélé que des animaux testés sains au départ, s’avèrent positifs, quand déplacés parfois de 150km, ils sont enfin répartis chez plusieurs gaveurs spécialisés. Il semble que le stress du transport provoque l’éclosion rapide d’une contamination.

Souvent dépendants du lobby du foie gras industriel, de concert avec les géants de l’agroalimentaire et notamment les coopératives Euralis, Lur Berri et Maïsadour. Ces coopératives fournissent leurs aliments sous formes de farines qui peuvent comporter, sans être clairement indiqués, des additifs comme le glycol, destinés à lubrifier le tube digestif des animaux soumis à un gavage express sous pression, en quelques secondes. Dans ces élevages concentrationnaires on travaille sous contrat, à la chaîne comme à l’usine, mal payé, selon des normes imposées empêchant toute initiative et une logistique intensive. Ceci n’a d’autre but que de produire beaucoup, vite, et pas cher toute l’année, afin de fournir les rayons promotionnels de la consommation de masse en grande distribution. Quitte à dénaturer l’image d’un produit de luxe festif. On comprend pourquoi la loi sur le bien-être animal en cours d’examen a oublié tous les élevages industriels ! Et ce sont souvent d’anciens exploitants agricoles qui suite à la chute des prix, ne pouvant rembourser leurs emprunts, sont ainsi, par la banque ou la coopérative, contraints d’accepter d’être à leur tour exploités. S’y ajoutent de plus en plus de travailleurs précaires ou migrants qui préfigurent la mutation de l’agriculture de 2030 lorsque la moitié des actifs actuels partiront à la retraite. Cependant la filière exporte, gagne des parts de marché et Euralis produit déjà en Chine plus de 5 millions de canards !

 

La grippe aviaire risque d’éliminer l’élevage paysan.

 

« De telles performances sont à l’origine d’une tragédie sanitaire dont les responsables voudraient bien faire porter le chapeau à ceux qui sont restés fidèles à la tradition, à savoir les paysans gascons » écrit Périco Légasse (2). Et toujours dans Marianne, Natacha Polony(2) ajoute : Les industriels obtiennent l’interdiction des petits élevages en plein air, prouvant que le système ne rend jamais les armes, car il a besoin, pour se perpétuer, de détruire la concurrence de ceux qui travaillent respectueusement ».

Peu enclin à revoir les problèmes structurels qui sont la véritable cause de l’amplification rapide des foyers épidémiques à chaque retour, désormais rapproché, du virus de l’influenza aviaire, le CIFOG (Comité Interprofessionnel du Foie Gras) avec une certaine complaisance de l’ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire) préfère communiquer sur la responsabilité des petits producteurs qui restent adeptes de l’élevage en plein air et s’exposent ainsi aux contaminations par les oiseaux migrateurs. D’autant plus que ceux qui ont un effectif annuel inférieur à 3200 canards avaient obtenu de déroger à l’obligation de mettre à l’abri les palmipèdes du 15 novembre au 15 décembre en vertu de l’arrêté du 8 février 2016. Claustrer à une période ou la densité est maximale avant les fêtes de Noël, suppose la construction onéreuse d’abris et surtout prive les canards, juste avant le gavage, d’exercice et d’accès à l’herbe qui enrichissent leur graisse en oméga 3. Ce qui, pour les consommateurs avertis, assure une part de la qualité gustative voire nutritionnelle.

 

Le 1er cas suspect a été détecté dans les Landes à Bénesse-Maremne le 6 décembre 2020. Il peut effectivement avoir pour origine un contact avec l’avifaune faune sauvage puisque H5N8 avait déjà été signalé avant la migration en Russie puis aux Pays Bas, en Allemagne et même en Haute-Corse, mi-novembre, dans une animalerie ? Cependant depuis cette date, aucun oiseau malade et contaminé n’a été retrouvé dans la nature. Mais ce qui interroge surtout, c’est à partir du 19 décembre, la rapidité de la diffusion épidémique dans la Chalosse voisine. Dans cette zone traditionnelle de gavage, 2 semaines particulièrement humides, suffisent pour que 118 communes soient déjà concernées par l’arrêté préfectoral autorisant les abattages préventifs. Il faut dire que ce sud des landes regroupe une forte densité d’élevages, avec nombre de petites exploitations familiales traditionnelles bénéficiant d’un label rouge. Alors que pour l’Anses, il était urgent d’y constituer un périmètre de protection, on constate que les propres recommandations de cette Agence sanitaire n’ont été ni vraiment respectées ni mises en œuvre efficacement, par manque de moyens dédiés au pare-feu épidémique. Faut-il faire un parallèle avec les manquements du début de la Covid 19 ? Toujours est-il que les premiers « dépeuplements » (c’est le terme choisi !) ont rarement eu lieu sur la ferme faute de connaître le statut infectieux des animaux. Presque tous, même sains, ont été regroupés puis chargés dans un camion des services vétérinaires ou d’entreprises privées, missionnés par l’état. Destination : la plateforme agrée de l’entreprise GT Logistics, dans un abattoir central, où ils seront électrocutés voire gazés pour les plus jeunes. Dépassés par le manque de personnel (sur le terrain on verra à l’œuvre des roumains sans formation ni combinaison de sécurité), les services de l’état ne pouvaient seuls faire face à l’urgence et intervenir dans les meilleurs délais. Ce qui a favorisé, en peu de jours, le développement exponentiel des contaminations. Faut-il rappeler que les éleveurs regrettent de ne pas avoir le droit d’euthanasier, dès qu’ils détectent les premiers cas suspects.

 

Réactions aux défaillances des services de l’Etat

 

 Lorsque les abattages ont pu rarement avoir lieu à la ferme comme recommandé par l’Anses, « la limitation de la contamination de l’environnement » est toujours restée très relative. Les bennes remplies de cadavres sont laissées souvent plusieurs heures en bord de route, avant d’être acheminées vers l’équarrissage, parfois en dispersant un jus noirâtre le long du trajet. Les services de l’état, pas toujours coordonnés, n’avaient pas les moyens d’appliquer rapidement toutes les mesures de biosécurité qu’ils préconisent. C’est la principale raison de l’extension rapide de l’épidémie vers d’autres départements. Les oiseaux migrateurs trop facilement accusés, ont toujours favorisé les échanges mondialisés de microorganismes et continueront à le faire. C’est donc bien au niveau des territoires et de l’activité humaine qu’il conviendrait de mieux s’organiser pour neutraliser rapidement et efficacement, toute propagation en tâche d’huile des virus pathogènes.

 

 Selon deux articles publiés (29-01-21) par Reporterre (3), le MODEF (Mouvement de défense des exploitations familiales) comme la Confédération Paysanne ne peuvent que déplorer les nombreux témoignages de ce manque de rigueur sanitaire et d’organisation qui a favorisé l’extension de l’épidémie. Ils soulignent aussi des contradictions. Alors qu’on voulait dresser un cordon sanitaire et lutter contre le virus, en réalité on le propage partout en déplaçant les animaux contaminés ou morts, en multipliant les interventions d’opérateurs extérieurs, et souvent dans des délais trop longs. Alors que pour ralentir la progression du Covid on recommande d’aérer, de ne pas rester trop longtemps dans une pièce fermée, dans nos fermes on veut nous obliger à claustrer et entasser les canards. Résultat : ils sont stressés, respirent mal et ainsi se contaminent très rapidement. Alors que nous savons par expérience que remis à l’air libre, ils ne tomberont malades qu’avec un retard de plusieurs jours : autant de gagné pour mieux contrôler l’épidémie.

 

Les petits éleveurs traditionnels qui ont subi dans ces conditions incohérentes le traumatisme des abattages préventifs surtout lorsqu’il s’agissait d’animaux sains, sont inquiets. Certes il y aura un peu d’indemnisation, « mais on ne travaille pas pour ça. Dans combien de temps pourrons nous reprendre, quelle sera la durée du vide sanitaire imposé, quels effets et quel soutien de notre clientèle qui recherche la qualité, quels investissements faudra-t-il faire encore et quelle utilité ? Nos élevages sont en autarcie. On reçoit le canard à un jour puis on l’élève avec de l’espace, on le gave et on l’abat souvent sur l’exploitation. Il sort de chez nous en boite, sans aller contaminer ailleurs ! »

 

 On comprend que la Confédération Paysanne-ELB, lance dans les Pyrénées Atlantiques les premiers appels à manifester (Saint Palais) avec le sentiment que la grave crise de 2017 n’a servi à rien, qu’aucune leçon n’a été tirée. Les promesses de limitation des déplacements entre les différentes structures qui segmentent l’élevage intensif des palmipèdes n’ont pas été tenues. Les services sanitaires n’ont ni moyens, ni méthode adéquate, pour juguler rapidement les foyers épidémiques. Si bien qu’aujourd’hui, même les autres producteurs de volailles y compris de quelques unités n’échappent pas aux contraintes sanitaires. Indirectement pénalisés par les « empires du foie gras d’usine », ils sont également soumis avec angoisse au gâchis du « dépeuplement », s’ils sont localisés dans une zone de protection.

 

 

 Seulement un peu d’espoir pour une race ancienne de canards.

 

 La Covid 19 a au moins l’avantage de nous avoir mieux informés sur les modalités d’un développement épidémique, sur les formes d’action des virus et face à eux, sur le rôle important des défenses immunitaires. Il est clair que les fortes densités d’animaux sont particulièrement exposées aux contaminations virales (la peste porcine est un autre exemple), ce qui doit remettre en cause certaines formes d’élevage intensif aujourd’hui largement répandues à l’échelle planétaire, bien au-delà des volailles. Chez les palmipèdes, la pratique de la surdensité pour augmenter la rentabilité des gros élevages, s’accompagne d’un choix d’animaux très sélectionnés, à croissance rapide mais à faible diversité génétique, avec un système immunitaire effondré lié au stress permanent induit par la concentration. Un vivier idéal pour les agents pathogènes et leurs mutations. Un retour vers plus de biodiversité serait salutaire et il se trouve que l’on dispose encore dans notre département de races anciennes notamment celle nommée Kriaxera au Pays basque et « Lou Meste » en Béarn. Seul le couvoir de la Bidouze à Bidache conserve et reproduit cette souche locale qui fournit des canetons à seulement une dizaine d’éleveurs de la région. Une race remarquable par son élégance : le mâle canard de Rouen transmet une silhouette et des couleurs qui rappellent celles du colvert. Mais surtout par la saveur de ses magrets et la délicatesse des foies. Une race à très faibles effectifs qui a failli subir un « génocide » lorsque l’ANSES et la DGAL, envisagèrent en 2017, l’élimination de tous les reproducteurs de l’unique couvoir de Bidache. Sous prétexte qu’il y avait des tests positifs au virus et bien qu’aucun signe clinique n’apparaissent parmi les Kriaxera. Les éleveurs basques se rebiffent car ils pressentent que cette race ancienne est une richesse de biodiversité, ayant pu développer une immunité par le passé et étant asymptomatique aux virus. D’où une dispersion clandestine des reproducteurs qui assurera malgré les risques, leur survie.

 

Même chose en 2021 : un bâtiment du même couvoir dédié aux jeunes canards, situé en bord de route, est à nouveau testé positif, sans signe clinique. Les autres bâtiments plus à l’écart restent négatifs. Mais comme l’affaire précédente avait fait grand bruit, Jean Jacques Lasserre Président du Conseil Départemental et sa fille Florence Députée, dont la maison familiale est située sur la commune de Bidache se mobilisent très vite en même temps que la Communauté Pays Basque et obtiennent un arrêté interdisant le passage des camions de canards conduits à l’abattoir de Sames sur la route qui passe devant le couvoir. Les politiques reconnaissent ainsi que la transmission du virus peut se faire lors du transport des volailles infectées. Ils obtiennent aussi une dérogation pour expérimenter sous le contrôle d’un comité de pilotage avec des experts scientifiques un suivi pour vérifier la résistance au virus de la souche locale Kriaxera. A moins que ne soient les conditions d'élevage, avec de petits effectifs (2000), à l'air libre avec pâture, et tout le savoir faire paysan traditionnel!

 

 Si les conclusions confirment une certaine immunité, ce sera un précieux plaidoyer en faveur du maintien maximal de la biodiversité et de l’intérêt que présentent toutes les races animales ou variétés végétales anciennes pour l’avenir de notre planète. Il devient urgent que triomphent ces idées que nous défendons avec Slow Food depuis plus de 20 ans, car elles peuvent constituer un des fondements de l’agroécologie régénérative de demain. Quant à la question toujours controversée du gavage, y compris dans notre mouvement depuis 2014, on ne peut l’accepter quand il s’agit d’élevages industriels très intensifs, dominés par le seul intérêt financier, au détriment du bien-être animal. Dans les petits élevages paysans et familiaux le rapport à l’animal est différent, car on sait que la qualité est incompatible avec une souffrance. En accentuant avec beaucoup d’attention et de savoir-faire manuel, à base de maïs grain, une tendance naturelle des palmipèdes à l’engraissement avant leurs migrations, on peut accepter, mais une opinion différente est aussi légitime, un gavage traditionnel en faible densité, saisonnier, réversible, qui dans notre région fournit foies gras et magrets à notre patrimoine du goût ancré dans la culture paysanne.

 

C’est aux consommateurs d’arbitrer, avec beaucoup de modération, en choisissant, directement à la ferme, ou chez un artisan qui privilégie la qualité, ce produit de luxe festif, au juste prix. Accepteront-ils longtemps de contribuer pour payer des indemnisations sans fin, aux élevages concentrationnaires ne respectant pas le bien-être animal, qui menacent l’agriculture paysanne de qualité, et par leurs pratiques s’exposent sans cesse aux virus ? Faudra-t-il financer la recherche d’un vaccin aviaire selon la dernière demande du CIFOG, avant de remettre en cause tout un écosystème intensif de production qui s’avère obsolète face aux pandémies (1) ?

 

                                                       Gilbert Dalla Rosa

 Slow Food Béarn- 10/02/2021

 1.    Voir le dernier livre de Marie-Monique Robin- La Fabrique des Pandémies. La Découverte

 2.    Dans Marianne du 22 janvier et (3) du 5 février 2021

 3.       Voir les reportages publiés sur le net le 15 puis le 29 janvier 2021